Il y a un certain paradoxe, lors d'une promenade digestive et dominicale dans le parc Théodore Monod, au Mans, à découvrir subitement l'oeuvre de Sergio Moscona. Vous venez de
déambuler tranquillement sous un soleil radieux. Vous marchez paisiblement au milieu des enfants qui jouent entre les jets d'eaux , les cascades et les bassins du parcours de l'eau, sous
les ramures verdoyantes des arbres centenaires du parc quand vous entrez dans la petite batisse que bordent les grilles de l'entrée. C'est le poste de garde de l'ancienne caserne, bien connue des
manceaux. Vous quittez alors le confort des promenades familiales pour aller à la rencontre de l'oeuvre expressionniste et torturée de Sergio Moscona.
Expressionniste, l'artiste argentin s'inspire à des sources nombreuses et plus vastes. On retrouvera ici l'influence de Rembrandt, là la noirceur de Goya, ou encore la lampe de Guernica
empruntée à Picasso. Mais comment ne pas penser à Lajos Szalay ou à Georges Grosz, le dessinateur expressionniste qui a sans doute le plus pressenti l'arrivée du nazisme?
C'est dans ce monde caricatural, à la fois sombre et coloré, que nous convie
Sergio Moscona. Laissez vous entrainer dans la danse de cet univers
fourmilliant de vie, de mort, de grands désespoirs et de petites lachetés. Vous y retrouverez toute la comédie humaine avec ses petitesses, ses hypocrisies, et ses faiblesses. Dessin,
peintures, collages, différents supports, Moscona reprend diverses techniques et s'en empare. Ses tableaux sont envahis de personnages aux visages multiples, aux attitudes et aux expressions
universelles, aux regards fuyants, aux mains croisées. Certaines peintures, plus sombres évoquent la mort, la guerre et l'enfermement.
En ressortant vous retrouverez la sérénité du parc Théodore Monod, mais peut être votre regard aura-t-il changé légèrement, et verrez-vous d'un autre oeil la foule qui se pressera à cette heure
dans les allées du parc.
L'exposition vaut le détour elle se tient actuellement et jusqu'au 28 mai 2008.